Texte énigmatique dans l'almanach Hachette 1932

Publié le 25 Mai 2017

J... possède un vieil almanach Hachette 1932, dont il n'est pas sûr de l'origine. Près de 500 pages de papier jauni en format poche sans reliure avec tout ce qu'un almanach digne de ce nom doit contenir: des annonces publicitaires pour de la phosphorine, du lait antéphélique et des "laveuses modernes", des chroniques sur les moeurs et coutumes à travers le monde, l'histoire de l'aviation "moderne", des conseils pour aérer les appartements, des descriptifs détaillés de végétations adénoïdes, des astuces de jardinage, le bestiaire des costumes sous le règne de François Ier... Bref, tout ce qu'il fallait savoir pour connaître le monde en 1932. Et, comme tout almanach, il contient des pages calendrier: chaque jour de l'année du 1er janvier au 31 décembre possède son petit encart avec la date, le saint du jour, le quartier lunaire, l'anniversaire d'un fait historique, quelques lignes pour prendre des notes et deux colonnes "Recettes" et "Dépenses" pour tenir sa comptabilité à jour.

Mais cet almanach est annoté de manière surprenante: sur les pages calendrier, des morceaux de phrase écrites au crayon d'une écriture fine et appliquée, semblent n'avoir aucun sens. Quelques mots parfois coupés brutalement, des phrases sans début ni fin, mais avec une logique de phrase tout de même, qui se poursuivent en fait sur l'ensemble des pages calendrier. La phrase du vendredi 1er janvier se poursuit le dimanche 3, puis le samedi 9... Que raconte ce texte ? En voici la transcription complète (les slashs indiquent les chagements de page):

/ de la cocaine et autre drogue a toujours sollicité toute note attenti/on, malheureusement la brigade des recherches dont j'ai l'honneur de faire parti re/ste souvent impuissante devant la hardiesse croissante des contrebandiers/ et la complicité des citoyens qui profitent sans scru/pules de leur criminelle indutrie. Toutefois/ de prudentes investigations m'ont permis de localiser dans / la partie sud Est du quartier du port le repaire des ban/dits qui infestent la ville entière. Hier, grace enfin à l'aide de m/on fils Harry, j'ai pu mettre les chefs de la bande sous les verrous. Harry a appris de son père l'art de se camoufler / Les renseignements que je lui ai fournis lui / ont permis de sa faire passer pour le fils de Bod Charpe dont la capture / nous souta si cher l'an dernier. Son intelligence et les services / qu'il sut rendre d'abord ne tardèrent pas à lui valoir la confiance / des bandits. Ils l'employèrent dans plusieurs entreprises et la chargèrent / notamment de transporter quelques ballots produits prohibés dans des établissements clandestins où ils / devaient être consommés. La manière dont il s'acquitta de sa tache le fit monter en grade et il fut / affecté au groupe de forbans qui faisait les / transports entre les navires de contrebande et le centre / de ravitaillement dans notre ville. Une boutique de coiffeur d'apparence modeste permettait d'acheter la / les drogues pernicieuses comme article de par/fumerie les flacons de whisky se partageaient les ar/moires avec les frictions, l'opium pate é/pilatoire et la coco s'y mélait aux poudres anti. Le sous-sol / était aménagé pour consommer sur place cette / parfumerie. une descente de police n'au/rait vu là qu'un établissement semblable à tant d'autres, elle l'au/rait fait fermer sans soupçonner l'existence d'une cave in/férieure ou les réserves s'entassaient. C'est là, qu'amené un jour, Harry / se trouva en présence d'une dizaine / d'individus discutant avec apreté mais sans exclamation de voix des / questions marchandises et d'argent. Les prendre au piège / quelle aubaine mais comment y parvenir les directives qu'il reçut pour le transport d'une cargaison qui devait arriver le / lendemain lui permirent d'élaborer un plan et d'en poursuivre l'exec/ution. La cave qui abritait les bandits possédait deux issues, l'une pas/sant par la boutique du coiffeur, l'autre aboutissant à l'extérieur / pat un souterrain d'une centaine de mètres qui débouchait dans une ruelle solitaire. / Les chefs de la bande seraient le lendemain à l'heure dite / réunis dans la cave pour recevoir les marchandises. / Il s'agissait de cerner les deux issues et de les o/bliger à partir pour être cueillis par notre brigade avertie / par mon fils. Je pus prendre les mesures nécessaires et prévoyant / à juste raison qu'en cas d'alerte ils sortiraient de préférence par l'issue du souterrain / je disposai dans les environs la dizaine d'hommes suffisant / à leur capture tout en faisant surveiller / les abords de la boutique. Les hommes en faction près / du souterrain virent arriver Harry et derrière lui une puissante / limousine condutie par un chauffeur correct à l'intérieur / un gentleman en tenue de voyage. Elle s'arrêta au bord d'un / grand trottoir. Le chauffeur sauta de son siège et releva le / capot comme soucieux d'une panne imminente. Entre temps Harry / pénétrait dans le souterrain immédiatement reçu par / les bandits. Il les avisa de l'arrivée de la cargaison / simulant ensuite d'être incommodé par la chaleur / (page arrachée) / asphixiante dont il avait perfectionné l'emploi / en la faisant à retardement. Elle éclata dans le quart d'heure / qui suivit et alors qu'il avait déjà pris le lar/ge sous prétexte d'introduire la cargaison. Ce fut / un moment de stupeur indicible avant même de réali/ser les causes de la catastrophe les bandits se sentirent en/fumés comme des renards au gite et ne songeant qu'à s'échap/per prirent en se bousculant la voie de salut qui leur é/tait ouverte le sou/terrain. Arrivés en plein air et encore / tout étourdis se virent en présence de solides / gaillards qui, révolver au poing, lui adressèrent / un haut les mains auquel ils ne purent répon/dre qu'en se livrant. Ainsi avons nous à la fois / repéré le dépôt des produits prohibés et capturé les ch/efs de la bande sans avoir à déplorer aucune perte de notre côté.

Et c'est tout. L'histoire s'arrête le dimanche 25 décembre 1932. Qui a écrit cela ? Est-ce une histoire vraie ? Qui est ce Bob Charpe ? Qui est Harry ? De quel port s'agit-il ? Est-ce un texte original ou la recopie d'un roman ? A priori, les détecteurs de plagiat en ligne ne trouve pas d'origine connue. Ce texte reste donc un mystère.

Rédigé par J...

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