Les japonais font du vélo... beaucoup de vélo... trop de vélo !

Publié le 28 Mars 2010

Si la ville de Kyoto a donné son nom au protocole de Kyoto, on peut espérer que ce n'est pas pour rien et que les 17 millions d'habitants de cette mégalopole (Kyoto-Osaka-Kobé) ont une conscience environnementale assez prononcée. On a déjà parlé ici-même de la propreté déconcertante de la voirie, mais ce n'est pas cela qui fait que l'air y est respirable. Et pourtant l'air à Kyoto et tout à fait respirable, même dans l'hypercentre.

C'est peut-être dû au fait que les Kyotoïtes pratiquent beaucoup le vélo, en tout cas beaucoup plus que la voiture. Là-bas, il n'y a pas de place pour construire des parkings à voiture et la plupart des rues sont trop étroites pour que deux voitures se croisent. Par contre, on peut facilement faire passer 5 ou 6 vélos de front. Donc les japonais ont choisi le vélo.

Le problème, c'est qu'ils ont tous choisi le vélo, et ca fait beaucoup beaucoup de vélos. Et pour la sécurité de tous ces cyclistes, les vélos ont des droits particuliers: dans les petites rues, il n'y a pas de trottoir, donc ils roulent partout. Et sur les grandes artères, ils roulent sur les trottoirs parce qu'il y a trop de circulation sur les voies principales. Quand il y a des pistes cyclables sur les trottoirs, ils les respectent. Mais souvent, elles ne sont pas assez larges, donc piétons et vélos se retrouvent mélangés. Et quand il n'y a pas de piste cyclable, c'est carrément le bordel. Il y a des vélos partout et des piétons partout, donc vous êtes à peu près sûr d'arriver au conflit, si ce n'est au contact. Bref, c'est l'enfer.

Au début, quand vous êtes touriste, vous ne savez pas que les vélos roulent partout, donc vous vous faites avoir une fois ou deux, puis vous commencez à faire attention. Vue la vitesse à laquelle ils roulent, vous commencez à flipper et vous développez une sorte de paranoïa: le moindre bruit qui ne ressemble pas à une voiture vous fait bondir et vous vous réfugiez au plus près du mur pour laisser passer l'hypothétique vélo que vous croyiez avoir entendu. Pas de bol, c'était un oiseau, pas un bruit de freinage.

Après quelques jours, vous avez acquis les réflexes minimalistes vous permettant de cohabiter en toute sécurité, vous ne voyez presque plus les vélos. Et là c'est le drame. Votre sérenité apparente n'est en fait qu'une façade qui va se fissurer au premier trottoir trop étroit. Le moment fatidique arrive forcément: il fait sombre, le trottoir est juste assez large que que vous croisiez sans encombre cette petite dame au cabat surchargé, mais un vélo arrive en face de vous et vous entendez un bruit de freinage d'urgence derrière vous... vous ne pourrez jamais passer à 4 en même temps...

Alors qui s'arrête, qui se range et qui passe ? Vous n'allez pas vous ranger, vous êtes un piéton ! La petite dame, non plus, car elle a en plus le bénéfice de l'âge ! Le vélo derrière vous a déjà du s'arrêter pour éviter le choc, donc ca, c'est fait. Et le vélo en face de vous n'a visiblement pas envie de freiner. Donc vous vous jetez sur le mur à défaut de pouvoir grimper dessus. Le vélo de devant passe, sans même faire broncher la petite dame. Tétanisé que vous êtes, vous laissez passer le vélo derrière vous et vous regardez abasourdi la petite dame passer en vous lançant un rictus moqueur...

Après ca, c'est décidé, vous haissez les vélos. Et vous ne vous pousserez plus pour les laisser passer. Ils n'ont qu'à bien se tenir: le premier qui vous frôlera un peu trop se prendra un coup de coude... ou un parapluie dans les rayons...

velosQuelques vélos garés devant une librairie de Kyoto.
Remarquez le parapluie blanc rangé sur le premier vélo au niveau de la roue arrière.

Rédigé par J...

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