Statistiques inutiles: la consommation de bière en Europe

Publié le 7 Juillet 2013

La toile fourmille de sites remplis de données que personne n'exploite jamais, et c'est bien dommage à l'ère de l'information. Voici un exemple illustratif de ce qu'on peut sortir d'un lot de données a priori banales.

Evolution de la consommation anuuelle de bière dans les principaux pays d'Europe de 1960 à 2010 (en litres d'alcool pur par habitant)

Evolution de la consommation anuuelle de bière dans les principaux pays d'Europe de 1960 à 2010 (en litres d'alcool pur par habitant)

Cette figure présente la consommation de bière par habitant en Europe (source OMS). Les données de 24 pays sur 50 ans sont représentées, donc c'est un sacré bordel. On remarque déjà une très grande disparité entre les pays, puisqu'on trouve tout en bas la Turquie où on buvait en 1960 20 fois moins de bière qu'en Allemagne. En 2010, le citoyen turque buvait l'équivalent d'un litre d'alcool pur en bière, soit environ 25 litres de bière par an, soit une centaine de demis.

On voit par la même occasion que certaines nations ont une descente beaucoup plus abrupte. Par exemple, les irlandais avant l'an 2000 ont battu le record avec 250 litres de bière par an et par habitant, soit environ 3 demis par jour, tous les jours. Dans l'absolu, ca parait peu puisque c'est tout juste de quoi remplir une baignoire.

On peut pousser l'analyse en remarquant que la consommation augmente dans tous les pays entre 1960 et 1970. Sauf en Suisse ! Étonnamment, la Suisse était à l'époque le seul pays où la concommation commencait déjà à reculer. Pourquoi "déjà" ? Parce qu'aujourd'hui, la consommation diminue dans tous les pays d'Europe, sauf en Turquie, mais ils partent de tellement bas, qu'ils ne peuvent que monter. Cela veut dire que tous les pays d'Europe sont passés par un maximum de consommation, mais le plus intéressant, c'est de voir quand ce pic est passé et comment il s'est passé. Voici les évolutions en 4 catégories:

Pays qui ont commencé à réduire leur consommation avant 1985.

Pays qui ont commencé à réduire leur consommation avant 1985.

Dans la première catégorie, on place tous les pays qui ont commencé à arrêter la bière avant 1985. Bizarrement, il s'agit de tout le nord-ouest continental de l'Europe et le Royaume-Uni, que des pays frontaliers. Comme quoi, l'arrêt de l'alcool est partiellement contagieux. Les premiers à arrêter étaient l'Allemagne, la Belgique et le Luxembourg, vers 1970-1973 et il a fallu 10 ans pour que le mouvement se propage chez les Danois qui restaient bien accrochés à leurs chopines.

Pays qui ont commencé à réduire leur consommation entre 1985 et 2005.

Pays qui ont commencé à réduire leur consommation entre 1985 et 2005.

Les pays qui ont arrêté entre 1985 et 2005 se trouvent un peu partout en Europe et ont été beaucoup plus hésitants. La Hongrie a arrêté en 1990 et la République Tchèque en 2005 seulement. Les Irlandais, eux, ont eu beaucoup de mal: en 1973, ils ont fait une première tentative, qui s'est bien passée pendant 15 ans, mais ils ont fait une grave rechute et ont battu tous les records en 1999 en frôlant la barre symbolique des 10 litres d'alcool pur par an et par habitant. Depuis, ils ont repris la diète, et ont presque réduit leur consommation de moitié.

Pays qui ont découvert la bière en 1995 et ont le gueule de bois depuis 2008.

Pays qui ont découvert la bière en 1995 et ont le gueule de bois depuis 2008.

Le troisième groupe est particulièrement intéressant, même si les interactions ne sont pas claires. Il regroupe la Pologne, la Roumanie, la Fédération russe et l'Islande. Ils ont tous connu une explosion de la consommation à partir de 1995, sont passés par un pic en 2007 et sont actuellement en désintox. Pourquoi une telle évolution ? Pour les 3 premiers (Pologne, Roumanie et Russie), on pourrait se dire que la chute du bloc de l'Est dans des années 90 a changé les habitudes de vie en ouvrant les marchés, même celui de la bière, et que tout ceci aurait fait monter la consommation. La chute à partir de 2008 peut assez naturellement être liée à la crise (subprimes et autres entourloupes de la finance).

Mais pourquoi observe-t-on pareil en Islande, alors que ce pays n'a rien à voir avec l'ancienne Europe de l'Est ? Que s'est-il passé après 1989 en Islande qui puisse expliquer cette subite consommation de bière ? Voici quelques dates utiles:

  • 1989: Visite officielle du Pape Jean-Paul II. C'est effectivement une bonne raison pour se mettre à boire.
  • 1990: La chasse à la baleine est suspendue (elle ne sera réouverte qu'en 2003). Sachant qu'ils ne chassent pas tous la baleine et qu'un chasseur de baleine au chômage ne boit pas plus que son poids par jour, ce n'est pas ce qui explique le pic.
  • 1992: L'Islande rejoint l'Espace Économique Européen. C'est aussi une bonne raison de se mettre à boire ?
  • 1996: Élection de Ólafur Ragnar Grímsson à la présidence de l'Islande. Il succède donc à Vigdís Finnbogadóttir, qui était la première femme élue à la tête d'un État constitutionnel, au pouvoir depuis 16 ans.

Au vu de ces 4 dates, il parait évident que c'est la visite du Pape qui a plongé les islandais dans l'alcool.

Pays qui ne savent pas trop s'ils aiment la bière ou pas.

Pays qui ne savent pas trop s'ils aiment la bière ou pas.

Enfin, dans ce grand classement des pays qui boivent de la bière, il en reste 4, qui ne savent pas trop ce qu'ils veulent: la Grèce, l'Italie, la Norvège et la Turquie. On a vu que les Turques s'y mettaient doucement, un peu comme les Italiens. Par contre, on dirait vraiment que les Grecs et la Norvégiens se forcent pour maintenir une consommation moyenne digne des pays européens.

Rédigé par J...

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powered 26/09/2014 10:37

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